Rosh haShanah – le Nouvel An

Rosh HaShanah, littéralement la tête de l’année, symbolise dans la tradition juive, le Jour où le Père de l’Univers créa Adam à son image et à sa ressemblance (Bereshit/Genèse 1, 27) et c’est pour chacun de nous l’occasion de réfléchir sur le sens profond de notre humanité et sur la grandeur de notre responsabilité.

Cet Adam premier, les premiers habitants de la terre, était dépositaire de caractéristiques divines, comme l’individualité, la liberté, les capacités de création et d’amour, puisqu’il était créé à l’image et à la ressemblance de D.ieu, mais à la mesure humaine, circonscrite dans l’espace et le temps. Et le Maître du Monde était avec lui en complémentarité. Ainsi Il lui demande de nommer tous les êtres vivants, (Bereshit 2, 19-20), comme s’Il voulait signifier: “Moi D.ieu J’ai créé ce monde mais c’est toi Adam qui en donne le sens en donnant le Nom, car en insufflant dans la poussière de matière dont Je t’ai façonné, une haleine de Ma Vie (Bereshit 2, 7), Je t’ai donné, à toi Adam, “très bon” aboutissement de Mon Œuvre, (Bereshit 1, 31) une connaissance plénière et spirituelle de la Vie sous toutes ses formes vivantes.”

C’est pourquoi Adam, et Eve son épouse, sont installés en Eden (Bereshit 2, 8), ce jardin de l’harmonie et de la Vie, pour “en cultiver le sol”, en faire jaillir toutes les potentialités et le “garder”, le garder de la destruction et de la sécheresse (Bereshit 2, 15) comme on protège et cultive un oasis où coulent quatre bras d’un fleuve d’eau pure (Bereshit 2, 10-14). Imaginons un instant la puissance évocatrice de ce texte pour les nomades de l’Exode vivant au désert ! Et comble de bonheur et de complicité, D.ieu et ses créatures pouvaient alors se parler dans la fraîcheur du soir (Bereshit 3, 8-10) !

Voilà ce que vient nous rappeler une fois par an, au début d’un nouveau cycle de nos vies, la fête de Rosh HaShanah ! Et nous faire prendre conscience de l’immense différence entre le projet initial de la Création et son état actuel de l’humanité ! Car malheureusement, un soir D.ieu appela l’homme pour converser avec lui dans la fraîcheur du soir, comme deux amis ont coutume de le faire pour partager leurs joies et Il constata que l’homme avait préféré, – par bêtise, faiblesse, curiosité ? affirmer sa liberté d’expérimenter autre chose, en ingérant dans son corps, au plus profond de lui-même, la “connaissance du bien et du mal” (Bereshit 3, 6-7) pour “discerner”, pour vouloir connaître à la mesure du Créateur en s’instaurant dieu lui-même. Son petit ego orgueilleux avait pris la grosse tête d’avoir tant d’amour et de pouvoir en partage avec son Créateur… Grosse tête qu’il n’allait pas tarder à cogner contre celle des autres, pour voir laquelle était la plus dure, quelles têtes fortes pourraient dominer ou exploiter quelles têtes faibles !

La suite, plusieurs millénaires plus tard, vous connaissez : souffrances, maladies, mort, injustices, violences, meurtres, guerres, domination de l’homme par l’homme, destruction de la nature ou plus simplement mensonges, trahisons, vols, etc… Et quelques pansements bien sympathiques à toute cette souffrance mais combien dérisoires : un peu de justice humaine ou son simulacre distillée par les systèmes de fer qui se disent solidaires et soucieux de l’avenir de nos sociétés et de notre planète, mais ne sont que des luttes incessantes entre des économies concurrentes qui exploitent l’homme et la nature au nom du marché censé être le bien commun… Et la religion, la médecine et les thérapeutes, les artistes pour essayer de calmer le jeu tout en étant plus ou moins complices consciemment ou non de la guerre incessante des egos, plus ou moins gonflés selon qu’ils ont le sentiment de savoir ou non, d’avoir du talent ou non, chacun continuant à brandir son drapeau comme l’étendard d’une cause à défendre… Voilà comment les humains ont évolué, et transformé en enfer la merveille qui leur fut jadis confié, réduisant au passage leur condition commune aux possibilités divines en une multitude d’êtres qui, au seuil de la mort, se rendent souvent compte qu’ils sont passés à côté de la Vie, de la Vie Une et indivisible, en courant uniquement après l’affirmation de leur puissance personnelle...

Ainsi, de même que Rosh HaShanah se veut le rappel de la Création et du sens de l’Humanité, toute l’humanité, il n’y a qu’une seule cause commune pour une seule humanité : reprendre la direction du projet initial d’harmonie spirituelle, utiliser notre tête, notre Rosh, pour comprendre la nécessité urgente de changer notre mode de pensée et prendre le chemin d’une longue mais nécessaire reconstruction du monde dans la voie du Bien. Réveiller cette humble intelligence spirituelle qui nous fait prendre conscience que nous sommes tous liés et que pour nous relier au divin, il nous faut d’abord réapprendre à nous lier à l’autre par la création d’une harmonie commune, fondée sur l’amour fraternel, la complémentarité, la recherche de la paix et de la beauté, tout ce dont Adam pouvait jouir naturellement dans l’harmonie initiale.

Bonne fête de Rosh HaShanah à tous.

25 août 2021 – © Jérôme Nathanaël

—– Photo Commons Wikimedia —- Un homme soufflant le shofar au Kottel

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