Troisième jour – Salve Regina

Complies. Les dernières notes du Salve Regina tournent encore dans la nef. Les yeux fermés, je goutte jusqu'à la dernière résonance la douceur mariale de ce chant apaisant qui semble nous accompagner d'au-delà du temps et de l'espace. Et les images déferlent soudain devant mes yeux... une brèche s'ouvre dans le vaisseau du réel et s'engouffre une autre dimension...

Je suis ce gueux, ce pèlerin fatigué de sa longue marche, en quête depuis de nombreux jours d'un signe ou d'un réconfort après un évènement confus et que je ne devine pas mais qui a bouleversé sa vie. Je me suis arrêté au seuil de l'église quand commençait le dernier office du jour et je suis entré tremblant, de faim ou de froid, je ne sais... L'office est déjà avancé, j'ai pourtant pressé mon pas fatigué vers cette demeure de Notre Dame des Grâces, devinant qu'il se faisait tard, espérant tout de même pouvoir écouter le Salve Regina, “Salut ô Reine, Mère de miséricorde”, le salut des hommes à Celle qui porta le Fils et à qui l'ange d'abord rendit visite... Ce chant est pour moi comme un baume sur une vie qui échappe, pleine de peines et d'espérances sourdes.

Les moines chantent, déroulant lentement les volutes latines, debout dans leurs aubes blanches, un instant ils semblent déjà être au Royaume de Dieu et mes larmes coulent... Et voilà qu'ils m'emportent avec eux, dans les bras de Marie la Consolatrice... je m'appuie contre un pilier pour ne pas me mettre à dodeliner dans la travée... et mes larmes coulent... une douce chaleur traverse mon cœur... ma peine et ma fatigue s'envolent... la Joie m'emplit tout entier...

J'entrerais bien moi aussi au service de la Pleine de Grâces, pour devenir son fils et qu'elle berce mon cœur...

12 août 2021 – © Jérôme Nathanaël

—– Photo Commons Wikimedia —-

Accueil | Le silence des heures PrésentationTextes